« Résidence Provisoire »

 

Série sur les résidents des foyers d’hébergement.

 

Il y a 60 ans, le 9 août 1956, naît la Société Nationale de Construction pour les Travailleurs Algériens : la Sonacotral. Sa fonction est de construire des foyers pour les travailleurs migrants qui vivent dans des bidonvilles comme ceux de Nanterre. Les structures se veulent provisoires, on pense alors que les travailleurs repartiront vivre en Algérie. Durant ces 60 ans, les missions de la Sonacotral devenue Sonacotra en 1963, vont au contraire se multiplier. Rebaptisée Adoma en 2007 pour se débarrasser de sa mauvaise image, la société gère aujourd’hui 167 Foyers de Travailleurs Migrants, 369 Résidences sociales et 169 Centres d’Accueil de Demandeurs d’Asile. Entre temps, d’autres bailleurs de logements très sociaux sont nés comme Coallia.

 

 

 

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Foyer de Travailleurs Migrants de Limoges.

 

 

 

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Foyer de Travailleurs Migrants de Limoges.

 

Les premiers travailleurs migrants aujourd’hui retraités, les chibanis, sont 35 000 à toujours vivre dans ces foyers. Beaucoup d’entre eux sont « entre deux rives ». Ils passent une partie de l’année en France et l’autre dans leur pays d’origine.

 

 

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Yahia Belkacémi, avec son aide ménagère dans son logement au Foyer de Travailleurs Migrants d’Evreux (27), quartier de la Madeleine.

 

Yahia a quitté l’Algérie pour venir en France à 19 ans. Il fait partie de la première génération des occupants des Foyers de Travailleurs Migrants. Il a travaillé dans les usines Renault de la région puis comme chauffeur routier.

 

 

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En 1963, lors de l’indépendance de l’Algérie, Yahia a coupé les ponts avec son pays d’origine et sa famille sur place. Il a acquis la nationalité française quand il s’est marié. Il a divorcé depuis. Pour lui, son pays aujourd’hui c’est la France. Il vote depuis 35 ans et il est fier de montrer sa carte d’électeur.

 

 

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Inauguration de la résidence sociale Claude Monet de Petit Quevilly (76) en présence de Jean-Paul Clément, Directeur Général d’Adoma (à droite).

 

Depuis 1997, le Plan de Traitement des Foyers vise à transformer l’ensemble des Foyers de Travailleurs Migrants (FTM) en Résidences sociales pour plus de confort et de mixité sociale mais aussi pour s’assurer d’un turn-over plus important. Les baux sont désormais d’un an, renouvelable une seule fois.

 

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Manifestation pour les droits des Chibanis, Gennevilliers, 27 mai 2016.

 

À l’appel du Collectif Solidarité Chibanis, résidents, élus et associations manifestent pour une meilleure considération des Chibanis au sein des foyers Adoma. Entre autres : accessibilité à des logements sociaux, droit d’héberger un tiers, conservation des espaces communs comme la cuisine et la salle de prière dans les futures résidences sociales, préservation de la vie privée… Ils protestent aussi contre l’augmentation des loyers. En transformant les Foyers des Travailleurs Migrants en Résidences sociales, les studios bénéficient d’un meilleur confort mais les retraites des travailleurs migrants étant peu élevées, beaucoup ne peuvent absorber l’augmentation importante de leur redevance*. Comités de résidents et associations espèrent obtenir un rendez-vous avec délégué territorial Adoma pour parler de tous ces sujets.

*Les résidents paient à Adoma une redevance et non un loyer car celle-ci contient l’ensemble des charges (gaz, électricité…) en plus du montant de l’occupation des lieux.

 

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Foyer de Travailleurs Migrants d’Evreux (27), quartier de la Madeleine.

 

Diong vient de Casamance, sa famille est toujours là-bas. Il représente la deuxième génération arrivée dans les foyers, l’immigration subsaharienne. Diong passe la moitié de l’année en Casamance. Il aimerait y vivre mais il perdrait tous ses droits notamment de santé.

 

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Foyer de Travailleurs Migrants Senghor, Paris 13ème.

 

Le foyer Senghor est un foyer historique fondé en 1969. Officiellement, il accueille 455 personnes mais le nombre de personnes qui y dorment réellement est impossible à chiffrer. Cette sur-occupation est la bête noire des bailleurs. Mais comme le dit le délégué de ce foyer « quand on a un cousin, un neveu ou un habitant du même village qui arrive et qui n’a pas d’endroit où dormir, on ne va pas le laisser dehors ! »

 

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Foyer de Travailleurs Migrants Senghor, Paris 13ème.

 

Ce soir, tout le monde a les yeux rivés sur l’écran pour la demi-finale de l’Euro de foot qui oppose la France à l’Allemagne.

 

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Coiffeur dans les étages au Foyer de Travailleurs Migrants Senghor, Paris 13ème.

 

En décembre, ce foyer Senghor sera fermé. Par la fenêtre, juste en face, on aperçoit la future Résidence sociale qui accueillera une partie des résidents. Mais tout le monde ne pourra pas être relogé.

 

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Photos d’archives du foyer de Limoges en 1976.

 

Sambath est cambodgien. Il a fait partie de la vague de réfugiés asiatiques arrivée en France depuis le Vietnam, le Laos et le Cambodge à la fin des années 70 et logée dans des foyers Sonacotra.

 

 

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Sambath Kong, Paris.
Sambath a 7 ans quand il fuit le régime khmer rouge avec sa famille en 1977. Après un passage à la frontière thaïlandaise, comme sa famille parle un peu français, il s’envole vers la France. D’abord installée dans un foyer d’accueil d’urgence à Herblay, la famille est rapidement transférée au Foyer Sonacotra du quai militaire à Limoges (que l’on peut voir aujourd’hui sur la première image). Pour éviter les tensions, les Laotiens et les Cambodgiens sont logés dans une aile du foyer, les Vietnamiens dans une autre.
A l’époque, les séjours durent peu de temps. Sambath et sa famille restent moins d’un an. La demande de main d’œuvre ne manque pas, le directeur du foyer trouve très vite à son père un logement et un travail comme porcelainier. « Moi qui n’aime pas trop la vie en communauté, je n’ai pourtant que des bons souvenirs de cette période au foyer. Nous étions tous ensemble. Nous partagions nos repas dans la cuisine commune, nos jeux… »
Aujourd’hui, Sambath vit à Paris. Comme lui, ses deux sœurs travaillent et sont très bien intégrées.

 

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Photo d’archive de la famille Laotienne de Nouil en 1976.

 

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Nouil Phounpradith, Laotien, 53 ans. Paris.
« Dans ma famille, nous étions neuf enfants. Pour fuir la guerre, ma grande sœur a décidé de partir avec cinq d’entre nous. Nous sommes arrivés d’abord à la frontière thaïlandaise, puis nous avons été dirigés vers la France. Quand je suis arrivé dans le foyer du quai militaire à Limoges en 1976, l’époque était très différente de celle qu’on traverse aujourd’hui. Certes, nous étions réfugiés mais nous avions des papiers, des visas, des passeports. Nous arrivions en France en avion, nous n’avions pas à forcer les frontières comme les migrants maintenant. En France, il y avait du travail et de la place dans les centres d’accueil. Nous sommes d’abord arrivés à Herblay. Puis on nous a rapidement dirigé vers Limoges. Nous ne sommes restés que quelques mois. A l’époque, à part quelques africains, il n’y avait quasiment que des asiatiques dans le foyer. L’ambiance était très bonne. Je me souviens que le directeur organisait des fêtes.
Nous avons quitté le foyer quand le directeur nous a trouvé un logement et un travail pour ma grande sœur. Moi, j’ai suivi un cours de français pour les étrangers dans une classe spéciale, puis j’ai fait des études. Je n’ai pas senti de racisme de la part des français à l’époque. Il n’y avait pas beaucoup d’étrangers. »
Aujourd’hui, il vit à Paris avec sa femme et ses deux enfants.

 

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Angela et sa fille Sabina, 10 ans, Résidence sociale la Basse Chenaie, Nantes (04).

 

Elles ont quitté Grozny en Tchétchénie en août 2011. Le frère d’Angela est recherché par la police russe, son père a été assassiné et toute sa famille s’est retrouvée face à des menaces de mort. La guerre a laissé des traces dans la personnalité d’Angela et elle a refusé que sa fille vive les mêmes traumatismes.

 

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Sabina, 10 ans, fait sa prière dans la Résidence sociale la Basse Chenaie, Nantes (04).

 

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Angela voudrait que sa fille devienne médecin. L’avenir de Sabina est sa priorité. La petite fille, elle, dit qu’elle hésite encore entre médecin et danseuse étoile. Angela ne veut pas retourner dans son pays quoiqu’il arrive.

 

 

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Sabina joue devant la Résidence. Elle s’y ennuie beaucoup. Mais sa mère espère trouver bientôt un travail et quitter ce logement prévu pour deux ans.

 

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David DZODZUASHVILI et sa femme Dali , Résidence sociale le Grand Cèdre, Déville-les-Rouen (76).

 

David est marionnettiste. Lui et sa femme Dali viennent de Georgie. Ils ont le statut de réfugiés politiques. David ne comprend pas pourquoi on lui refuse une formation dans un autre domaine que l’artistique. Certes, il s’est inscrit en tant que marionnettiste au Pôle Emploi mais la priorité est de travailler. Plombier, maçon, il est prêt à exercer toute activité pour se sortir de la précarité.

 

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Dali et son fils Lazaré, résidence sociale le Grand Cèdre, Déville-les-Rouen (76).

Dali était professeur d’Allemand en Georgie. Quand ils sont montés dans le camion pour fuir leur pays, ils n’en connaissaient pas la destination. Le chauffeur les a déposé à Paris où ils ont vécu dans la rue avant d’être pris en charge par France Terre d’Asile.

 

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David et son fils Lazaré, église orthodoxe de Rouen.

 

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Yahya ABOUKABAR DAOUD avec son fils à la Résidence Sociale le Grand Cèdre, Déville-les-Rouen (76).

 

Yahya a quitté le Soudan pour fuir la guerre. Sa demande de statut de réfugié politique a été acceptée mais sa femme n’a obtenu qu’un titre de séjour provisoire qui ne l’autorise pas à travailler.

 

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Anniversaire des 8 ans de Fatuma (fille de Yahya), Résidence Sociale le Grand Cèdre, Déville-les-Rouen (76)

 

Yahya a deux enfants. Fatuma va à l’école et permet ainsi à ses parents de rencontrer d’autres parents d’élèves.

 

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Gaëlle B., 21 ans, Résidence sociale Michel Bizot, Paris 12ème.

 

Initialement réservées aux travailleurs migrants, les structures d’Adoma se sont ouvertes au fil des années à de nombreux publics. Désormais les Français : jeunes précaires, célibataires ou familles monoparentales, font partie des résidents hébergés. Gaëlle est arrivée dans cette résidence flambant neuve en août 2015. Une résidence réservée aux jeunes âgés de 35 ans maximum en insertion professionnelle et aux jeunes actifs précaires.
La jeune femme a une histoire familiale un peu compliquée. Placée dès son plus jeune âge, elle connaît bien les foyers. Aujourd’hui, elle travaille comme animatrice dans une école, métier qu’elle affectionne tout particulièrement. Mais trouver un appartement à Paris avec son petit salaire, c’était compliqué.  Gaëlle n’aurait jamais cru que ce rêve pourrait se réaliser : avoir son appartement à 21 ans. Elle appréhende juste la fin du bail de deux ans « Je pense quand même qu’ils ne peuvent pas nous mettre à la porte. Sinon c’est retour à la case départ. »

 

 

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Centre d’Accueil de Demandeurs d’Asile (CADA), « le petit bois », Fontaines Saint Martin (69), 28 avril 2016.

 

Yamina (Algérie), Yamina (Algérie), Mary (copte d’Egypte avec son bébé, Marcelino) au cours de soutien de français donné par des bénévoles au sein du Centre d’Accueil de Demandeurs d’Asile dans lequel elles sont hébergées. Le premier CADA ouvre en 1991 alors que les migrants commencent à arriver en nombre à Calais. Une loi ayant été votée interdisant aux demandeurs d’asile de travailler, il est nécessaire de mettre en place des structures qui les accueillent pendant le traitement de leur demande d’asile à l’OFPRA. Adoma en gère aujourd’hui 169 répartis sur tout le pays.

 

 

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Centre d’Accueil de Demandeurs d’Asile (CADA), « le petit bois », Fontaines Saint Martin (69), 28 avril 2016.

 

Nadir, arrivé d’Algérie avec sa famille, au cours de soutien de français donné par des bénévoles.

 

 

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La famille Sajadi, arrivée d’Afghanistan, au Centre d’Accueil de Demandeurs d’Asile (CADA) Pierre Bayle, Carla-Bayle, Ariège, (09)

 

Seyed-Asghar le père, Rahima la mère, Ali 13 ans et Soraya 11 ans, viennent d’Afghanistan. Membres de la minorité chiite Hazara du pays, cette famille a fui les talibans et est arrivée en France il y a six mois. Ils sont hébergés de manière provisoire dans ce centre situé en pleine zone rurale, à une heure de Toulouse. Le temps de préparer leur dossier pour l’OFPRA (l’Office Français de Protection des Réfugiés et Apatrides). Ce rendez-vous sera déterminant pour obtenir ou pas le statut de réfugiés. En 2015, seules 30% des demandes ont reçu une réponse positive.

Soraya, 11 ans, part à l’école. Elle est dans une classe de Français Langues Étrangères dans l’école du village. On aperçoit le CADA en contre-bas.

 

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Rahima, la maman, pique un fou rire avec Anissa qui lui donne un cours de français. Elle a du mal à prononcer les mots.

 

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Il faut tromper l’ennui. La famille regarde des séries sur le téléphone portable d’Ali, le fils.

 

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Soraya, 11 ans. Chaque soir, Soraya écrit une lettre dans sa langue maternelle, le dari, à un destinataire en Afghanistan qu’elle veut garder secret. Bien à l’abri dans une boîte qu’elle a customisée, elle espère un jour remettre toute cette correspondance à son destinataire, quand elle sera dentiste et qu’elle retournera exercer son métier là-bas.